Courrier BLOC ADRC AFCAE à la Médiatrice du cinéma
22.01-2022
Chers adhérents, chères adhérentes,
Nous vous prions de trouver ci-dessous, pour information, le courrier commun au BLOC, à l’ADRC et à l’AFCAE, adressé hier à la Médiatrice du cinéma, portant demande d’une concertation pour l’établissement d’un calendrier concerté de sortie de films.
Courrier BLOC ADRC AFCAE à la Médiatrice du cinéma
Paris, le 20 janvier 2021
Madame Le Médiateur du Cinéma,
Nous tenions à vous remercier pour la recommandation établie en décembre dernier juste avant que la décision de non-réouverture des salles de cinémas ne soit rendue publique. Cette recommandation portait le souhait d’une reprise aménagée et concertée de l’exposition des films en salles de cinéma.
En ce début d’année 2021, nous souffrons, comme l’a rappelé la ministre de la culture, d’un manque de visibilité sur la date de réouverture effective des salles. En revanche, nous savons que le calendrier des sorties, quelle que soit la date fixée, verra un nombre de films très important arriver sur les écrans avec des stratégies individuelles de chaque opérateur de la diffusion cinématographique. Celles-ci, dans un contexte de grande tension économique, pourraient conduire très rapidement à un écrasement des films de la diversité sur les écrans français.
Or, toute la spécificité du système de régulation mis en place depuis les années 1980 (Médiateur du cinéma, engagements de programmation, rôle des associations œuvrant pour la diversité des films (ACID, ADRC, AFCAE, GNCR etc..) est basée sur un rééquilibrage du marché de la diffusion cinématographique en vue d’offrir aux spectateurs une véritable diversité d’œuvres cinématographiques équitablement exposées en salles. L’épisode historique et inédit que nous connaissons depuis près d’un an, ne doit pas conduire à dégrader cet équilibre de manière durable, et ce tant pour la vitalité et la diversité du tissu économique de la filière cinématographique que pour la diversité des publics ; un public que, au fil d’un travail collectif engageant toute la filière, du réalisateur aux salles de cinémas, nous avons su attirer et fidéliser.
Aussi, pour éviter tout risque d’écrasement, nous souhaiterions que vous puissiez interroger, sur la base de l’Article L. 213-6 alinéa 2 du code du cinéma et de l’image animée, l’Autorité de la concurrence sur la possibilité de mettre en place, temporairement et sur les premiers mois suivant la reprise d’activité continue des salles, un calendrier concerté de sortie des films, avec le plus large accord des acteurs économiques de la diffusion cinématographique.
Cette question du calendrier concerté de sorties, conçu de manière équilibrée et laissant une place hebdomadaire à toutes les catégories de films (des plus porteurs aux plus fragiles), avait déjà été évoquée en 2008 dans le rapport Perrot-Leclerc et avait fait l’objet d’une proposition de rédaction par le gouvernement à l’époque, finalement abandonnée face à l’absence de volonté d’une partie des
acteurs économiques. Cependant, la situation inédite que nous connaissons et les risques induits nous amènent à solliciter une réponse rapide sur la possibilité juridique de mettre en place un tel calendrier dans une échelle de temps contrainte.
Rappelons que les auteurs du rapport Perrot-Leclerc avaient, alors que la période était pourtant moins agitée que celle que nous connaissons, préconisé qu’il fallait « favoriser la concertation périodique entre les distributeurs autour d’un calendrier de sortie des films » Ils avaient souligné qu‘il était impossible de réguler le nombre de films distribués, « ne serait-ce que parce que la liberté d’expression ou de création s’y oppose. Par contre, on peut envisager une coordination entre les distributeurs pour mieux répartir dans le temps le calendrier de sortie des films. La FNDF avait eu le projet de mettre en place un calendrier prévisionnel des sorties, alimenté par l’ensemble des distributeurs : ces informations pourraient nourrir des discussions périodiques qui viseraient à mieux étaler les sorties des films au cours des périodes creuses, et qui permettrait aussi d’éviter une concurrence trop frontale entre des films de même calibre. Une telle coordination pourrait sans doute être examinée positivement par les autorités de concurrence et bénéficier d’une exemption. Cet accord constituerait un partage du marché sur le plan temporel. Néanmoins, on peut considérer que ces effets anti-concurrentiels limités seraient contrebalancés par les avantages apportés aux spectateurs, qui pourraient bénéficier d’une offre de films plus équilibrée et plus diversifiée. ».
C’est dans cet esprit que nous souhaiterions que vous puissiez interroger, dans les meilleurs délais, l’Autorité de la Concurrence.
Nous vous remercions d’avance pour votre écoute attentive et restons à votre disposition pour tout élément d’information complémentaire.





